Interview publiée dans Le Confettis le 20 mars 2017

La mode italienne des années 80 vous a toujours fasciné ? Entre tradition et style rétro, les vêtements de Piccolo ont le charme et l'esthétique de l'Italie dans toute sa splendeur. Rencontre avec Sara, la créatrice à l'origine de ce projet.

Comment définiriez-vous votre marque Piccolo ?

C’est une marque slow fashion. C’est très triste de constater que les jeunes mamans préfèrent souvent les marques fast fashion, des grandes chaines, qui proposent des vêtements faits loin de chez nous, avec des systèmes loin de notre tradition européenne et qui ont un impact terrifiant sur l’environnement. Piccolo invite à ralentir. Les vêtements sont pensés pour durer et être transmis de mère en fille. Ils sont fabriqués à la main, en Italie, par des femmes courageuses et dans des conditions sociales optimales. 

Que représente pour vous l’authentique artisanat italien des années 80 ?

L’économie italienne a été fondée sur l’artisanat. Aujourd’hui, on compte, en Italie, 1 500 000 entreprises artisanales de petite taille, qui perpétuent le savoir-faire des années 80. Le modèle italien démontre que l’économie ne repose pas forcément sur les grandes entreprises. J’adore l’histoire du Made in Italy, né à Florence en 1951 à la Villa Torrigiani, la maison de Giovanni Battista Giorgini, et célébré, un an plus tard, en 1952, dans la Sala Bianca de Palazzo Pitti, l’un des palais des Médicis. Les créateurs de mode italiens des années 70, 80 – Armani, Valentino, Versace, Ferré – sont désormais considérés comme de vrais artistes. Dans le secteur mode enfant, on associe le Made in Italy au luxe, à une mode haute de gamme et artisanale. La particularité de cet artisanat réside dans la transmission en famille, la richesse des matières premières, et le haut niveau de spécialisation manufacturière des districts industriels. Piccolo Made in Italy est fabriqué dans une petite société dans la région de la Ligurie et chez une talentueuse tricoteuse à Milan.

Quelles sont les femmes qui vous ont inspirées et influencées ?

Il y a deux femmes qui ont fortement influencé la mode italienne des trente dernières années : Miuccia Prada et Franca Sozzani. Elles ont des points en commun : la simplicité d’une mode authentique, imparfaite, originale, directe, engagée. Miuccia, communiste et féministe, représente la mode milanaise par excellence. Franca, directrice et rédactrice en chef de Vogue Italia, a incarné Vogue en Italie pendant 30 ans. Et il y a ma fille, Bianca Maria qui, à même pas 6 ans, m’apprend des choses tous les jours. Sa sagesse, son imperturbabilité et sa vision toujours objective du monde m’impressionnent.

Qu’est-ce qui vous influence dans l’art italien ?

J’adore la citation de Margaret Fuller, journaliste et féministe, dans The New York Daily Tribune en 1847. « Qui peut jamais être seul un instant en Italie ? Chaque pierre a une voix, chaque grain de poussière semble être l’instinct d’un esprit du Passé, chaque marche rappelle quelque ligne, quelque légende d’une tradition depuis longtemps à l’abandon ». L’art italien est une inspiration constante dans mon travail. J’adore Caravaggio et son utilisation de la couleur et de la lumière ou encore la simplicité des lignes et les proportions des œuvres de Michelangelo. L’élégance de la rencontre entre l’architecture et le travertin, une roche typique du centre d’Italie, blanche, simple, pure, me fascine.